Chère écrivaine, cher écrivain,

J’avais, au début, beaucoup de doutes concernant le NanoWrimo.

Ca ressemblait à quelque chose que seuls des écrivains amateurs feraient. Ou des écrivains en herbe. Des gens qui ont besoin de tours de passe-passe pour finir leurs livres. J’avais déjà écrit deux livres en Octobre 2011, et je les avais vendus à des maisons d’éditions ; je n’aurais pas imaginé écrire un seul d’entre eux – ou en tout cas, rien de bien – en un mois.

Ce n’est pas écrire, je pensais, il s’agit seulement d’empiler les mots.

Mais alors je me suis dit qu’il serait génial d’avoir une pile de 50 000 mots…

Peut-être que certains apprécie le premier jet, ce moment dans l’écriture où tout est possible, et où vous êtes là, à tracer votre propre chemin. Je déteste cette étape. Tout ce qui occupe mes pensées quand je commence un livre sont ces mots que je n’ai pas encore écrits.
Je peux les sentir, pendants à mon cou, me tirant vers le sol. Les premiers jets m’ont toujours rendue anxieuse et un peu désespérée – du style, « Oh mon Dieu, je dois juste mettre tout ça sur le papier pour enfin pouvoir travailler avec quelque chose. »

J’aime avoir un support sur lequel travailler.

C’est pourquoi, j’ai fini par m’essayer au NanoWrimo – afin de passer cette phase de la page blanche en vitesse rapide et d’atteindre les parties intéressantes. Je mes suis répétée que ça n’avait pas d’importance si mon premier jet était mauvais. De toutes façons, tous mes livres ont eu besoin de révisions majeures. Et même si le NanoWrimo était une perte de temps complète – même s’il n’en ressortait qu’un désordre chaotique – un mois, ce n’est pas un si long. (Du moins, pas comparée aux cinq ans pendant lesquels j’ai travaillé sur mon premier roman avant de le montrer à qui que ce soit.)

Peut-être parce que je n’en attendais pas grand chose, je n’avais pas de stratégie détaillée pour le mois : j’ai pris quelques jours de congé, et j’ai prévenu mon mari et mes enfants que j’allais être beaucoup occupée d’ici Thanksgiving.
Et je me suis fixée trois objectifs:
–    écrire tous les jours.
–    écrire au moins 2 000 mots par jour.
–    et – ceci était crucial pour moi – de continuer à aller de l’avant.

Normalement, je commence chaque session en retravaillant ce que j’ai écrit lors de ma session précédente. Avec Fangirl, mon projet de Nano, je reprenais où je m’étais arrêtée et continuais à avancer. Je ne me suis jamais retournée.

Ce que j’ai tout de suite remarqué fut comment il était facile de repartir. Un de mes plus grands défis, en temps qu’auteure, est de rester dans l’univers fictif que je suis en train de créer. Il faut que j’écrive en blocs (au moins quatre heures à la fois, au mois quatre jours de suite) pour réussir à progresser. Pendant le Nano, je n’ai jamais quitté assez longtemps le monde de mon livre pour perdre le rythme.

Je suis restée immergée dans l’histoire durant tout le mois, tout est venu de manière beaucoup plus fluide que d’habitude. J’ai compris mes personnages principaux et j’ai trouvé leur voix  beaucoup plus rapidement. L’intrigue avançait en un éclair…

Je ne savais toujours pas si ce que j’avais écrit était bon. (Je ne l’avait même pas lu en un seul bloc ! ) Mais j’étais tellement excitée par mon roman, je voulais écrire tous les jours. Et même quand je n’écrivais pas, mon cerveau continuait de travailler à mon histoire.

Donc… Je n’ai pas vraiment fini mon livre en novembre. J’ai atteint le compte de mots, mais je n’était qu’à la moitié de Fangirl. J’ai continuer à travailler dessus pendant janvier, puis j’ai effectué un gros travail de réécriture pendant l’été. Voici quelque chose qui m’a vraiment marquée pendant mes révisions : j’ai gardé pratiquement chaque mots que j’avais écrit pendant le NanoWrimo.

Cette pile de 50 000 mots que j’avais faite n’était pas du tout un désordre. C’est l’un des plus audacieux moment d’écriture que j’ai jamais entrepris, et cela inclut mon personnage préféré, un gars dont, dans des circonstances normales, j’aurais douté à mort. Le NanoWrimo m’a aidée à pousser au-delà d’un certains nombres de mes doutes, de mon manque de confiance en moi, et de mes mauvaises habitudes. Et je pense que c’est en partie la raison pour laquelle j’aime autant Fangirl maintenant – parce que je me souvient d’à quel point je me sentais entraînée par l’histoire quand je l’écrivais.

Un jolie tour de magie.

Rainbow

Rainbow Rowell est l’auteur de Attachments et Eleanor & Park. Son troisième livre, Fangirl, fut un projet du NaNoWriMo 2011.

  • Traduction de Lyunee, correction de Imladrik
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