Chers nanoteurs,

parlons un peu relecture ! Après trois participations au NaNoWriMo où je m’arrêtais systématiquement entre 15 000 et 30 000 mots, j’ai enfin validé mon premier NaNo-roman en novembre dernier. Apprendre à écrire un roman en partant de zéro (ou des post-its sur mon bureau) est tout nouveau pour moi. En revanche, la relecture, c’est mon domaine.

Vous vous souvenez du relecteur en vous, celui que vous avez bâillonné fin octobre ? Il est de retour. Et laisser s’exprimer le relecteur en nous, c’est un peu comme amener sa prose à l’abattoir. On regarde notre travail, ces mots dont nous sommes si fiers, les personnages qu’on a choyés, les ressorts narratifs qui nous ont tant enthousiasmés et soudain… tout semble lamentable.

— Tout ? demande l’écrivain en vous.

— Absolument tout, répond le relecteur en vous, brandissant son stylo rouge.

L’écrivain en vous se bouche les oreilles en chantant à tue-tête. Il n’a qu’une envie, se rouler en boule à ressasser sa honte jusqu’en novembre.

On se détend ! Tout est parfaitement normal. C’est ce qui arrive quand on donne des congés longue durée à son relecteur afin de pouvoir laisser libre cours à sa plume. Il revient de mauvaise humeur parce qu’on l’a laissé sur le carreau. En vérité, le relecteur en vous est talentueux et veut vous aider. Mais il a du caractère. L’écrivain en vous est talentueux aussi, et veut progresser. Mais il est légèrement susceptible.

La relecture de votre roman est l’occasion pour l’écrivain et le relecteur en vous de sympathiser, ou du moins, d’apprendre à cohabiter. Il n’est pas indispensable qu’ils soient toujours d’accord (et ils n’y arriveront pas), mais ils doivent comprendre l’importance de leur rôle respectif et trouver des façons de travailler main dans la main.

En voici un exemple : un jour, l’un de mes profs m’a expliqué que la relecture est récursive. En d’autres termes, elle ressemble à une spirale, comme un ressort. On modifie son texte, on le relit et on le modifie à nouveau, on poursuit la lecture, on relit un passage et on supprime un personnage, on reprend la lecture. Peu à peu, notre récit se transforme en l’histoire à laquelle on souhaitait donner vie, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe.

Mon prof comparait également ce processus à la sculpture : en définissant petit à petit les contours, une silhouette émerge peu à peu du bloc de marbre. C’est une jolie image. Mais pour moi, il y a très peu de différence entre écrire et relire. La relecture, à sa façon, m’a toujours semblé très proche de l’écriture.

Et écrire, c’est dans nos cordes de nanoteurs.

Ari Asercion

Ari Asercion a la double casquette stagiaire à durée indéterminée pour le NaNoWriMo/relecteur.

  • Traduit par Audrey Favre (correction par Lyunee)
  • Audrey Favre | Latitudes Traduction
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