Chères amies et chers amis,

Tout d’abord, j’espère que vous avez une bonne chaise. Si ce n’est pas le cas, votre dos a toutes mes condoléances. J’espère en outre que la réserve de gunpowder tea et de café arabe n’a pas trop baissé depuis le début du mois. C’est qu’il reste encore deux bonnes semaines à tenir.

Normalement, vous devriez arriver au stade où vous vous demandez ce qui vous a pris. Vous repensez à la regrettée bière du vendredi soir, aux séances de binge-watching nocturnes – lointains souvenirs d’une autre vie ! Et vous vous demandez ce qui vous a pris.

Et surtout, le début du livre est maintenant trop loin pour changer votre fusil d’épaule, alors que la fin de l’histoire se laisse entrevoir avec son cortège de catastrophes. Ce personnage, là ? Il meurt ou pas ? Et la révélation finale, mon Dieu ! Elle va tomber comme un cheveu sur la soupe, il fallait mieux prévoir dès le début, mieux préparer, et ce deuxième acte beaucoup trop long, et… et… et… Stop, pause. Tout d’abord, on calme les attaques de paniques – c’est un roman, que vous fabriquez, pas une centrale nucléaire. Ce qui implique deux choses qui devraient nous rassurer : premièrement, c’est rigolo, et deuxièmement, vous aurez l’occasion de tester d’autres méthodes sur les suivants.

Alors, que faire avec ce milieu d’histoire qui barbote un peu trop dans l’incertitude ? Continuer à écrire, déjà, malgré le doute. Et puis commencer à écouter vos personnages.

Attendez. En fait, non.

N’écoutez pas seulement vos personnages. Écoutez vos villes. Écoutez vos climats, vos langues, écoutez vos noms. Écoutez vos ambiances. Écoutez votre livre. Il y a toujours un moment où l’angoisse vient faire tourner l’auteur en bourrique au milieu de son travail ; c’est parce que l’écriture vous modifie alors même que vous la produisez. Et il est facile de perdre le contact avec le vous-même du début, avec l’intention première du livre. Demandez-lui, à cette créature bizarre, de vous rappeler ce qu’il est. L’intention première.

Ça ne veut pas dire que vous vous rabattrez sur votre plan initial, ou que vous ne devez pas changer d’avis sur la direction à prendre. Ça veut dire que la personne que vous êtes devenue en commençant à écrire a besoin de se souvenir d’où elle vient pour comprendre comment réaliser ce nouveau potentiel. La deuxième partie du livre sera alors prêt à exploser, avec à la fois la solidité des premières fondations, et la puissance de l’élan pris lors de l’expérience d’écriture.

Et souvenez-vous : c’est un roman. C’est drôle, c’est passionnant, c’est une aventure, et vous vous souviendrez toujours de ce mois de novembre.

Romain Delplancq

Retrouvez les romans de Romain Delplancq chez l’Homme sans nom !
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