Très chers Nanoteurs

Voilà, nous sommes en novembre, et voilà, nous sommes à nouveau, vous et moi, lancés dans une course contre la montre aussi exaltante que désespérante. Il ne s’agit pas de masochisme. Ce n’est pas un concours. Il n’y a rien à gagner…et tout à la fois.

Exaltant, le Nanowrimo l’est souvent, au détour d’une page, d’une demi-heure bénie, d’une scène qui se dénoue, d’un personnage qui se révèle. Il y a de la magie à écrire à cette vitesse. De la magie, et de la technique, même si l’on ne s’en rend pas compte. Le Nano nous pousse dans nos retranchements, nous contraint à dépasser nos blocages et à ne pas accepter comme envisageable le syndrome de la page blanche. Et c’est tant mieux. Mais c’est aussi le pouvoir du Nano, de vous montrer qu’en accomplissant de petits miracles quotidiens, qu’en acceptant de rédiger un peu chaque jour, aussi difficile soit cet effort, rien n’est insurmontable.

Alors oui, ça fait peur. Ça fait mal aussi.

On produit rarement sans insister, sans persévérer et sans désespérer. On est dos au mur, et on se dit qu’on n’y arrivera jamais ou qu’on n’est pas fait pour ça. On a envie de jeter l’intégralité des pages produites dans la douleur comme dans la frénésie. Mais c’est de cette façon également qu’on apprend, et qu’on comprend notamment qu’il n’y a pas, jamais, de création sans persévérance.

Nabokov a envisagé sérieusement de brûler Lolita lors des quatre années de souffrance que la rédaction de ce roman lui demanda. Bien des chefs d’œuvres sont juste des rescapés de bûcher. Écoutez Ira Glass, lorsqu’il parle du storytelling, et du fait de commencer, d’être débutant. Lisez le texte de remerciements de George Martin, dans A Dance with Dragons.

Y êtes-vous ? Tous, tous les livres que vous avez lu, tous les auteurs que vous aimez, toutes les créations sont des produits de cette persévérance. C’est s’accrocher qui est le plus important. C’est ce que vous faites, maintenant, pour ce mois de novembre.

Et il n’y a que deux solutions : grimper ce mur, ou lâcher prise. Alors oui, grimper est dur. Mais chuter ? Il n’y a pas de moment, ni même d’univers, où vous serez plus heureux d’avoir baissé les bras que d’avoir insisté, coûte que coûte. Même pour quelques mots de plus. Même pour une phrase par jour. Il n’y a pas de Nano qui soit plus satisfaisant en choisissant l’abandon plutôt que l’envie, l’espoir, et surtout la persévérance. Du reste, souvenez-vous qu’il n’existe qu’un seul moyen de réaliser ce livre qui habite en vous. Et ce moyen passe par vous.

Il n’y aura personne d’autre que vous pour raconter l’histoire qui vous tient à cœur et que vous portez. Personne d’autre que vous pour connaître aussi bien vos personnages, leurs secrets, leur passé et leurs aspirations. Personne ne grimpera cette falaise à votre place. Vous êtes le seul à pouvoir raconter cette histoire. Et cette histoire est importante. Elle est peut-être la future histoire favorite de quelqu’un. Mais elle est surtout unique, et elle dépend de vous. Il n’y a que vous qui puissiez écrire votre roman. Maintenant, plutôt que demain, ou que le mois prochain, ou que jamais.

Vous n’avez qu’un temps limité pour que votre histoire vive, quelle que soit l’échelle de temps à laquelle vous pensez.

Le Nano vous offre cette projection. Lorsque le livre existera, il sera toujours temps de le retravailler, de le juger, de vous arracher les cheveux sur les répétitions et le style, d’avoir envie de le brûler et de le réécrire, ou de s’apercevoir que nous sommes des milliers à le trouver merveilleux.

Écrivez. Libérez votre histoire. Atteignez le sommet. Vous avez fait le premier pas, le plus difficile. Si vous avancez, même un pas après l’autre, plus rien ne pourra vous arrêter.

Mel Andoryss

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