Avant de commencer à pep-talker, il faut que je vous avoue un truc. Un ami m’a demandé ce pep-talk, et dans ma tête, ma réaction immédiate a ressemblé à ça : « bon sang, il fait des word wars à 1000 mots le quart d’heure, et c’est moi qui dois rédiger un pep talk ?! Cette blague… Est-ce que je suis vraiment qualifié pour ça ? »

Je suis mauvais au NaNoWriMo. Mais alors super, ultra mauvais. Je me relis, j’écoute mon directeur littéraire intérieur, je réécris pendant le mois de novembre. Je n’ai jamais gagné un seul NaNoWriMo. Parce que les novembres où j’ai nanoté n’ont pas été cool avec mon emploi du temps, ou d’autres raisons. J’arrive quand même à écrire régulièrement 1500 mots par jour, cela dit… et tous les ans, je participe. J’ai publié mon premier roman cette année, et le second paraîtra l’an prochain (voilà pour l’autopromo éhontée). Ça fait quatre ans que je tente désespérément de gagner ce satané NaNo. Et jamais je n’ai l’ombre d’une chance. Je suis trop lent pour ça. Et vous savez quoi ? Je suis toujours content de participer. Parce qu’entre l’émulation mutuelle, les gens sympa et l’urgence induite par la deadline, je trouve mon bonheur : avancer, ne serait-ce qu’un peu.

Écrire est fun. Même si le NaNoWriMo est un moment intense où on sue sang et eau pour conjuguer votre quotidien et l’écriture, qu’on s’épuise à chercher quoi écrire si on n’a pas assez prévu en amont (ou qu’on n’aime pas ça). Dans le cas où on écrit pour la performance, pour s’amuser, on est dans un projet raisonnablement court. Un mois, c’est court, je vous le dis, surtout quand l’objet de votre quête, c’est vous projeter sur un clavier ou éventuellement sur papier.

En tout cas, ce qui marche pour moi, c’est de bloquer un moment rituel. Le matin, devant mon café, à écrire un peu. Ou entre midi et deux au boulot. Ou encore le soir, avant de dormir, je jette quelques idées sur le papier. L’important dans ces moments n’est pas forcément la quantité de mots écrite. Ce qui compte, c’est que votre histoire avance, que ce soit en vrai, ou dans votre tête. J’ai la vision d’une histoire en trois étapes qui peuvent progresser indépendamment ou de conserve :

– l’idée générale du projet. Où on veut en venir, son esthétique, le monde autour de vos personnages… C’est important. Mais normalement, vous ne devez pas vous poser cette question : soit vous avez bossé dessus en amont, soit vous partez sur le principe que l’intrigue ne vous posera pas de problème parce que vous sortirez toujours un lapin du chapeau si jamais vous bloquez.

– le déroulement précis. Je prévois le texte en ayant un début, une fin. Mais je planifie aussi les scènes, parfois à la métaphore près. Ça me permet de ne (presque) jamais caler en cours d’écriture car mes scènes sont ébauchées. J’aime bien mettre ça sur papier volant, avec les éléments importants de mes scènes, les thèmes, des mots que j’aurais envie d’utiliser pour décrire tel ou tel aspect, des bouts de phrase ou encore des petits croquis de l’action. En général, j’ai de la visibilité sur environ dix mille mots, après quoi, il faut que je retravaille dessus.

– et puis le texte lui-même. C’est l’évidence même, et c’est ce que le NaNoWriMo met en avant. Et c’est bien, parce que c’est la chose qui demande le plus de logistique et de plages de temps libre. Et que c’est « le plus pénible ».

Prévoir peut sembler stérile, surtout si votre objectif est le sacro-saint des 50K mots. Dans ce cas, je n’ai qu’un conseil pour vous : écrivez tous les jours. Vous arriverez certainement à destination très vite, pour peu que vous teniez la route. Moi, je calerais vite.

J’aime me garder une journée par semaine pour planifier. Je n’écris pas le cœur du texte, je ne fais pas de quantitatif. Une fois par semaine, je m’arrête dans mes marathons d’écriture. Et je laisse reposer mon « muscle de l’expression » au profit du « muscle de la réflexion ». Je travaille l’univers, planifie un peu mieux ce qui doit l’être, éclaire les zones d’ombre. Je me fais des checklists avec les actions à placer lors des six jours suivants. Et ça m’évite de buter, d’être au fond du trou quand je devrais écrire, écrire et encore écrire. Car le temps est précieux, surtout en un temps de NaNo, et chaque moment passé à ne pas rédiger est un moment perdu à jamais.

 

Oh, et puis aussi, relisez-vous. Mais pas maintenant. Une fois novembre passé, reprenez votre bout de roman, ou roman entier, et jetez-y un regard neuf. Pas pour vous moquer ; avec un rythme d’écriture aussi soutenu, on commet forcément des boulettes. Alors un peu d’indulgence pour votre vous passé, et cherchez ce qui est bien. Ce qui est original, courageux, sauvage, digne d’intérêt. Dressez-vous un bilan. Qu’est-ce que le NaNoWriMo vous a appris ? Qu’est-ce que votre œuvre vous apprend sur vous-même ? Chaque année, je rate. Et j’en tire des constatations différentes.

Grâce à elles, j’écris encore plus, encore mieux. Je me gère mieux. Mais l’important, là, tout de suite, c’est d’écrire. Lancez-vous une word war de vingt-cinq minutes, là, maintenant, en laissant internet de côté, en éteignant le portable – et le vibreur ne compte pas. Avancez.

Mathieu Rivero

  • Mathieu Rivero n’a pas de genre de prédilection. Son premier roman, La voix brisée de Madharva, a paru en octobre chez Walrus et connaîtra une impression en fin d’année. Il s’agit d’un polar aux tonalités cyberpunk. Son second roman, Or et Nuit, verra le jour aux éditions Les Moutons Électriques courant 2015.
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