Écrivez !

Depuis quelques années que je participe moi-même au NaNo, j’ai lu pas mal de pep-talks, et avant ça pas mal de livres de méthode, de conseils d’écriture par de grands écrivains… Alors ce pep-talk va probablement être un grand mix des conseils que j’ai ramassé au fil du temps. Si vous les avez déjà lus, pardonnez-moi mon manque d’originalité. J’ai une bonne excuse : il n’y a pas de formule magique, pas de miracle, pas de secret connu seulement des VIP que je pourrais vous brandir du haut de ma pile de manuscrits. Alors je vais vous dire banalement ce que tout le monde dit au final : pour écrire un roman, il faut écrire un roman.

L’inspiration n’est pas là tous les jours, les idées incroyables, les éclairs de génie, les moments de toute-puissance littéraire, ne sont que des instants fugaces et je crois sincèrement que tout le monde en a. La seule différence entre un écrivain et un non-écrivain c’est que le premier s’assied devant son ordinateur/machine à écrire/cahier/dalle de marbre (rayez la mention inutile) tous les jours. Et surtout, surtout, les jours sans.

Les jours sans, comme les jours avec, tout le monde en a. Ces jours désespérants où rien ne va comme on le voudrait, où on est fatigué, épuisé par le travail, la famille, les amis, les sorties, la vie… C’est comme ça, c’est la vie. Mais ces jours-là, même si on n’en a pas envie, qu’on préférerait regarder la télé, qu’on ne le sent pas, qu’on a l’impression d’être une saucisse sans talent, ces jours-là, il faut s’asseoir devant son outil d’écriture et se dire « je vais quand même le faire ». Tant pis pour l’inspiration, elle se pointera quand elle en aura envie cette flemmarde. Tant pis pour les belles phrases, tant pis pour la cohérence, tant pis pour tout. Il faut juste aligner des mots. Parce que des mots, les uns à la suite des autres forment des phrases. Les phrases deviennent paragraphes. Les paragraphes chapitres. Et les chapitres roman.

Au début de ce mois, vous avez pris l’engagement solennel d’écrire un roman et pour écrire un roman, il faut commencer par aligner des mots les uns après les autres. Tant pis s’ils sont maladroits, moches, claudiquants, qu’ils ne sont pas à la hauteur de vos espérances. Une fois qu’ils seront là, vous aurez tout loisir de les revoir, les changer, les améliorer, les embellir, les polir. Mais on ne peut améliorer ce qui n’existe pas.

Alors le prochain jour sans (et il y en aura), ne vous donnez pas d’excuse, ne dites pas que vous n’avez pas l’inspiration. Asseyez-vous, prenez votre outil d’écriture favori et balancez quelques mots sur la page. Plus tard, vous aurez le temps d’écrire un bon roman, un beau roman, un excellent roman. Pour le moment vous écrivez un roman. Et pour écrire un roman, il faut écrire un roman.

Vous avez un mois pour écrire un roman alors vous n’avez pas le temps d’attendre que l’inspiration vienne vous rendre visite. Et c’est une bonne chose aussi. Car vous allez découvrir au cours de ce mois que la muse n’a jamais visité personne qui végétait devant la télé. L’inspiration est une petite chose fourbe qui ne viendra que si vous lui montrez que vous êtes capable de vivre sans elle et surtout d’écrire sans elle.

Alors écrivez, écrivez quand vous êtes malade, quand vous êtes fatigué, quand vous avez envie de sortir avec des amis, ou de traîner sur internet, ou de faire la vaisselle (vous verrez pendant le NaNo, parfois, on a étrangement envie – oui oui envie ! – de faire la vaisselle). Écrivez de toutes vos forces, de toute votre âme, écrivez jusqu’à l’épuisement, écrivez plus que de raison, alignez des mots, alignez des phrases, alignez des chapitres. Le jeu en vaut la chandelle. À la fin de ce mois, vous tiendrez entre vos mains une chose unique et précieuse : le premier jet maladroit de votre roman. Il ne tiendra plus qu’à vous de lui apprendre à marcher, courir, sauter, danser, l’aider à devenir une grande personne, un grand roman, un beau roman mature et courageux. (Oui au final, un roman, c’est comme un gosse !)

Il est unique et précieux car personne n’aurait pu le faire à votre place, tout l’argent du monde n’aurait pas suffi à l’acquérir car il n’existait qu’en un seul endroit : votre esprit. À la fin de ce mois, vous pourrez regarder le chemin parcouru et dire « je l’ai fait ! » (Personne ne dit ça avec une telle satisfaction après un marathon séries, même si c’est un marathon Breaking Bad. (Croyez-moi sur parole.)) Et vous saurez alors que rien n’est impossible. Le miracle, la formule magique, le secret des VIP, c’est ça : si vous écrivez et écrivez et écrivez, au bout d’un moment, vous aurez écrit un roman. Et pas n’importe quel roman, votre roman.

  • Alice Scarling est née le premier jour du printemps. Dans sa jeunesse, elle traverse les portes de l’Argonath et dès lors le virus de l’écriture l’atteint chaque nuit. Plus tard, Alice fait de sa passion pour la littérature fantastique son champ d’expertise : vampires, succubes et loups-garous n’ont plus de secrets pour elle. Brillant résultat de cette maîtrise, Lacrimosa incarne une nouvelle voix originale et sexy de la bit-lit française.
    Site : http://www.alicescarling.com/wordpress/
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