Une nouvelle d’IMG construite autour des Perles, boulettes et lapsus du Nano 2012

Un nouveau thread sur le forum du nanowrimo 2015 a été créé.

 IMG : « Je remercie les doigts maladroits, les nuits trop courtes, les Word Wars, les poussées d’inspirations incongrues… et tous les Nano-Auteurs des perles compilées dans cette nouvelle. »

Alors qu’elle consultait les archives de la petite bibliothèque de Pancake Island, Caroline sentit le regard persan d’Alexandre posé sur elle. Agacée par la fébrilité de son compagnon, elle se retourna et lui dit :

« Soit tu m’aides, soit tu restes dans ton coin, immobilément. »

L’adolescent haussa les épaules et alla s’asseoir sur une chaise un peu plus loin. Il se mit à feuilleter un magazine sur les sports pirates.

« Pourquoi est-ce que je ne trouve rien à propos du Docteur Richard Valdric, bon sang ? Il ne sort pourtant pas de nulle part ! » marmonna Caroline. Elle et Alexandre s’étaient fait enfermer dans le bâtiment à sa fermeture, pour profiter du calme de la nuit et faire leurs recherches sans risquer d’être surpris. Mais alors que l’auror s’annonçait, ils réalisèrent que leurs investigations n’avaient rien données. Aucune réponse, et tellement de requestions… Déçus, mais devant s’éclipser avant l’arrivée de la bibliothécaire, Caroline et Alexandre sortirent par une issue de secours et se séparèrent sans un mot sur le troittoir pour rentrer chez eux et dormir un peu avant d’aller travailler.

Une fois de plus, Eileen Avinesh sortit en trombe du poste de police, pour ne pas laisser éclater sa colère devant les fonctionnaires. Comme d’habitude, lorsqu’elle avait exprimé son inquiétude quand aux menaces proférées par le Docteur Valdric à l’encontre de son mari, personne ne l’avait cru.

« Dans ce cas, je ne vois pas ce qu’on pourrait faire. Mais n’hésitez pas à nous rappeler si cet homme recommence », avait dit la femme policière de son temps le plus raisonnable.

Eileen avait l’impression qu’on la prenait, au mieux pour une idiote, au pire pour une paranoïaque. Elle franchit d’avenir pour aller jusqu’à l’arrête de bus, où elle attendit le 2, qui la ramènerait chez elle. En rentrant pour le déjeuner, elle afficha un sourire rassurant face à ses enfants et à son mari, mais elle parla à son frère en privé, pour lui exprimer une fois de plus son inquiétude.

« Tu devrais t’éloigner de Pancake Island pendant quelques temps, histoire que toute cette affaire se calme. Il faut faire vitre ! Tu es en danger, j’en suis persuadée. Laisse-le t’oublier. Ce serait moins streaming pour moi. »

« C’est une décision très difficile à prendre : je ne veux pas vous laisser sans protection, seuls, ici. Si Valdric vous faisait du mal, je ressentirais tant de misérabilité que je ne pourrais plus jamais me regarder dans un miroir. Eautant subir les foudres de ce Docteur maléfique. »

Ali Avinesh prit sa soeur dans ses bras pour la rassurer.

« Regarde-moi dans les yeaux : je te promets que je ne le laisserai pas gagner. »

Eileen soupira et maudit la ténacité de son frère.

Depuis qu’il avait quitté le lycée, Alexandre rêvait de faire un voyage sur le continent. Malheureusement, les petits boulots qu’il avait péniblement décrochés sur l’île lui avaient à peine permis de survivre, et il n’avait jamais vraiment réussi à faire des économies. Sa situation financière s’améliora considérablement lorsque le Docteur Valdric lui proposa de venir donner des cours aux infirmières qui travaillaient avec lui au dispensaire de Pancake Island. Si le personnage ne lui inspirait pas confiance, le jeune homme ne pouvait pas laisser passer une telle opportunité. C’était aussi l’occasion d’utiliser les connaissances qu’il avait acquises grâce à ses cours par correspondance. Un peu intimidé pour son premier cours, il s’était habillé le plus élégamment possible et il avait passé des heures à relire ses notes pour être sûr de ne rien oublier. Il s’était efforcé de s’inspirer d’un de ses anciens professeurs. « Je je limite, sedisait-il, je m’en sortirai… Mais je ne dois pas en faire une carricative ! » Lorsqu’il entra dans la salle où une demi-douzaine d’infirmières l’attendait ce matin là, il se présenta brièvement et entra dans le vif du sujet.

« Je propose que l’on commence par la ntoion de parasites », proposa Alexandre.

Sans enthousiasme, les jeunes femmes sortirent leurs ordinateurs protables pour prendre des notes.

A la fin du cours, Alexandre partit à la recherche du Docteur Valdric, car, pour aider Caroline, il avait décidé d’interroger indirectement cet homme mystérieux. Ne trouvant personne dans les couloirs du dispensaire, il entra au hasard dans toutes les pièces. Les salles d’examen et les bureaux étaient étrangement vides, et même les infirmières avaient disparues. Dans le cabinet du Docteur Valdric, Alexandre s’attarda devant une vitrine remplie de maquettes. Cinq avions d’origine pour le moins hétéroclites étaient garés en contrebas sans ordre apparent. « Trucmuche, machin, bidule, truc et chose » commenta Alexandre d’un ton absent, comme pour lui-même. Le jeune homme tressaillit en entendant sa propre voix. Il perçut ensuite un bruit sourd qui semblait provenir du sous-sol : Alexandre décida d’aller y faire un tour. En décédant l’escalier, il entendit une voix masculine qui faisait un discours solennel.

Pâle car mort, il ouvrit la porte de la cave de la Clinique. Le spectacle qui s’offrit aux yeus du jeune homme lorsqu’il arriva au niveau inférieur du dispensaire était à proprement parlé hallucinant : les infirmières, totalement nues, étaient allongées en cercle autour du Docteur Valdric, vêtu d’une longue toge dorée et présentant un visage habité. La transfeaurmation de l’homme habituellement calme et sérieux était impressionnante. Et son discours incohérent effraya Alexandre. Il y était question du Dieu Zeux, de résurrection, et d’alchimie. « Ca doit être une allusination ! » se dit Alexandre. La frayeur du jeune homme augmenta encore lorsqu’il aperçut, au fond de la pièce, un grand récipient évasé contenant un liquide rouge sombre épais. Etait-ce du sang ? En tout cas, le vase débordait allégérement.

Richard Valdric, après une enfance heureuse, avait vécu une adolescence difficile et s’était peu à peu refermé sur lui-même. Ses parents, de fervents catholiques, avaient essayé de lui faire retrouver un certain équilibre par le biais de la religion. La réaction de Richard avait été très violente et l’avait poussé à couper les ponts avec sa famille, car il en avait marre qu’on lui rabâche qu’il devait de nouveau accepter Jésus dans son corps. Il se mit en couple avec une vieille femme à moitié folle et pleine aux as, et il profita de la fortune de sa maîtresse pour financer ses études de médecine. En parallèle, il se prit de passion pour les sciences occultes, et après quelques années, un homme s’était intéressé à ses recherches, tant sur l’or que sur la ressucitation. Cela encouragea Valdric à poursuivre dans la voie de l’alchimie : il y croyait. Et s’il y crotait suffisamment, il y arriverait un jour. Un sentiment étrange de supériorité l’habitait. En se comparant à ses proches, il se disait « quelqu’un parmi eux en a eu finalement eu assez de cette existence en suspend, entassés dans un immeuble abandonné à se demander quoi faire de leur vide ». L’immeuble en question n’était que pure spéculation et ce genre de réflexion reflétait bien le caractère étrange de Richard.

Manquant de confiance en lui du fait de son jeune âge, le Docteur Valdric, juste après avoir obtenu son diplôme, décida de s’installer sur la petite île isolée de Pancake Island, afin d’essayer de trouver des adeptes pour la secte qu’il souhaitait créer. Il se posait cependant des questions sur sa couverture, l’exercice de la médecine, car lui-même se demandait s’il recevrait plus de trois patients par moi. Il comptait néanmoins sur sa secte pour lui assurer une vie confortable. Une petite communauté vivant pratiquement en autarcie serait, pensait-il, un excellent terrain d’expérimentation pour son ehtreprise. Il commença par essayer de convaincre ses infirmières de la supériorité de Zeux, et elles se montrèrent étonnamment ouvertes à ces nouvelles croyances. Au fil du temps, d’autres habitants de l’île les rejoignirent, après avoir été recrutés en toute discrétion. Lorsque le Docteur sentait qu’un homme hésitait à les rejoindre, il lui disait : « Tu es un mec, tu as des besoins, il faut bien que tu les expulses. La secte de Richard Valdric, qui mêlait des idées saugrenues à des orgies de sexe, passionna rapidement ses adeptes. Lorsqu’un homme entendait « Tu veux que je te présente trop de femmes ? », il pouvait difficilement résister. Et cet engouement perdurait, chose assez rare dans une vide qui courrait après la nouveauté en permanence. Il n’y avait pas beaucoup de choses à faire sur Pancake Island, en dehors de la pêche et des ballades en forêt.

En essayant de sortir discéretement, Alexandre buta contre une boîte en métal : PATATARTE ! Cela produisit un bruit infernal. Toutes les têtes se tournèrent vers lui, et les infirmières, sans aucune pudeur, se dirigèrent rapidement vers lui, toujours nues, pour l’immobiliser en l’attrapant par tous ses membres.

« Il me met d’office un verre dans la main et me tend une casquette pleine de pièces qu’il agite pour les faire teinter » déclama mécaniquement le Docteur Valdric. Alexandre ne comprit rien à cette tirade, mais les infirmières semblèrent saisir le message : elles tirèrent le jeune homme vers le centre de la pièce et le jetèrent au sol, aux pieds de leur gourou. Ivre de colère, il était d’une blancheur presque transpirante. Alexandre, rongé par la peur, tenta de prendre le dessus en criant :

« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? »

Richard Valdric lui lança un regard noir et lui haussi haussa le ton.

« Si tu racontes ce que tu as vu à quoi que ce soit, ça finira mal pour toi, c’est clair ? »

« Vous voulez que je garde… CA ? secret ? »

Alexandre comprit trop tard qu’il aurait mieux fait de se taire. Une veine battait sur le front du Docteur Valdric, signe d’un profond énervement. Pendant un instant, il eut un air sir con pet, puis son visage prit un air déterminé et il dit avec un ton très calme :

« Nous n’allons pas pouvoir vous laisser partir… »

Il était clair qu’Alexandre l’avait poussé à bouh.

Le jeune homme tenta le tout pour le tout et se rua vers l’escalier. Valdric hurla : « Go Tits ! » pour encourager ses femmes à le rattraper. Alexandre fut rapidement arrêté par les infirmières, qui, vives comme l’éclair, s’étaient immédiatement lancées à sa poursuite. Elles le ramenèrent au centre de la pièce et ne le lâchèrent pas. Dans le même temps, sans se départir de son calme inquiétant, le Docteur Valdric était allé cherché un verre en cristal gravé de runes et une fiole contenant un liquide ambré dans un petit placard situé au fond de la cave. Richard Valdric versa le contenu du flacon dans le gobelet, qu’il tendit à Alexandre.

« Si j’étais vous, j’avalerai mon verre d’un train. »

« Je ne buverai pas cette chose. »

Fermant la bouche, le jeune homme hocha la tête de gauche à droite en signe de désapprobation : il était persuadé que la potion que lui présentait le Docteur était un poison. Valdric soupira puis il afficha un rictus acressiv.

« Si la méthode douce ne vous convient pas… »

Richard frappa durement Alexandre au visage, ce qui entraîna sa chute. Le jeune homme se tordit de douleur en tenant sa garbe. Etalé de tout son lit sur le sol en béton dur et froid, Alexandre su qu’il était comdamnaé. Faisant preuve d’une force insoupçonnable, le Docteur Valdric saisit le jeune homme par sa veste et le traîna vers un énorme poêle rougeoyant. Ses coudes appuyés sur l’avocat, il assista tranquillement à l’agonie de l’intrus malchanceux.

Les infirmières étaient pétrifiées. Elles venaient de voir leur employeur, un intellectuel discret et éthéromane, tuer un homme en lui fourrant la tête dans une chaudière. « Nous vivons des temps troubles » pensa l’une d’entre elle, Marie-Paule Monnerot. Cette dernière était la plus sceptique du groupe, mais elle restait dans le rang, soucieuse de ne pas se faire remarquer. Le Docteur Valdric chargea deux de ses adjointes de faire disparaître le corps du jeune homme en mer, et il brûla ses vêtements et ses papiers dans l’incinérateur du dispensaire. Le meurtre d’Alexandre ne fut plus jamais évoqué au sein de la petite communauté.

Caroline s’inquiéta très rapidement de la disparition de son ami. Son appartement était vide et son portable ne répondait plus. La seule personne qu’elle désirait qu’elle fut présente restait désespérément invisible. Après trois jours sans nouvelles, elle se décida à prendre le ferry pour aller sur le continent et prévenir la police. Elle entreprit ce voyage qui la tiendrait éloignée de Pancake Island pendant une semaine, car, tout comme sa mère, elle n’avait aucune confiance en la police locale. Caroline due s’armer de patience et retourner chaque jour au tribunal avant de pouvoir enfin obtenir un rendez-vous avec le procureur. La veille de son retour sur l’île, elle pu enfin évoquer la disparition de son ami. Prenant la jeune fille au sérieux, le magistrat enregistra ses dires et lui promit de lancer une enquête dans les plus brefs délais. Caroline, inquiète pour Alexandre mais confiante en l’action de la justice, rentra chez elle le lendemain avec l’espoir de revoir son ami. Elle adressa une petite pripére à qui voulait bien l’entendre en regardant s’éloigner la côte.

Le Procureur de la République qui s’occupait de l’affaire demanda à l’inspecteur de faire un rapport détaillé de l’affaire au Procureur de la République. L’inspecteur Roxas, après avoir appelé la police de Pancake Island, comprit qu’une visite sur l’île était incontournable. Il s’adjoint les services de l’inspecteur Alto, et les deux hommes firent rapidement leurs bagages pour prendre le même ferry que Caroline et se rendre sur Pancake Island. Ils allaient être bloqué sur le petit morceau de terre perdu au milieu de l’océan pendant une semaine, car la liaison avec le continent assurée par la vanette était hebdomadaire. A la fin de la traversée, pendant laquelle la mer avait été agitée, des gamins dépenaillés attrapèrent les cordages jetés par les hommes de bord et s’empressèrent de les nouer aux bites d’amarrages. Comme il avait été malade pendant une bonne partie du voyage, Roxas eut du mal à descendre de l’engin diabolique, même si retrouver la terre des vaches fut pour lui un énorme soulagement. Crispé, et ayant passé la moitié du voyage les yeux fermés, il mit rapidement fin aux moqueries de son collègue pour ne pas lui en coller une.

En arrivant dans le centre de Pancake Island, Roxas se dit que la petite vile était vraiment isolée du reste du monde. Son téléphone portable ne fonctionnait pas partout, et sa chambre d’hôtel n’offrait qu’un confort minimum. Roxas et Alto commencèrent leurs investigations par une visite au poste de police de l’île. L’accueil moement ravi de leurs collègues les déstabilisa, et ils ne s’éternisèrent pas dans les bureaux de la maréchaussée locale. Ils décidèrent d’aller faire un tour chez Alexandre, et ils entrèrent dans son appartement en forçant la serrure. Visiblement, le logement n’était plus occupé, et la vaisselle entassée dans l’évier de la cuisine, ainsi que l’armoire pleine dans la chambre et la valise vide sous le lit, semblaient dire que l’occupant des lieux avait eu l’intention de revenir. En explorant la petite cours située derrière l’immeuble, ils trouèvèrent un vélo portant une gravure au nom du jeune homme. Roxas sursauta lorsqu’un crustacé sortit d’un buisson d’hbiscus.

« Cet endroit me donne la chair de poule » confia-t-il à Alto. Ce dernier, moins préoccupé par l’affaire, lui répondit :

« Allons manger : avec le ventre plein, il nous sera plus facile de réfléchier. »

Sentant que leur présence n’était pas bien accueillie sur Pancake Island, Roxas et Alto allèrent chercher des pizzas à emporter pour ne pas avoir à dîner dans l’unique restaurant de l’île, quasiment vide à cette époque. En rentrant dans la chambre de Roxas, ils posèrent les questions de pizza sur la table basse du salon et s’installèrent sur le canapé pour manger. 

« Je me demande bien où a pu disparaître ce garçon », lança Roxas.

« Il est jeune : il est peut-être parti pour quelques jours sur le continent », répondit distraitement Alto en mâchant une part de pizza.

« Sans prévenir personne ? Même pas sa meilleure amie ? »

« Il a peut-être suivi une fille… »

« C’est tout de même bizarre : il va donner un cours au dispensaire le matin, et dans l’après-midi : plus de nouvelles ! »

« Nous irons faire un tour là-bas demain » conclut Alto avec un ton de fin de conversation.

Le lendemain matin, l’inspecteur Alto fut réveillé par une bonne odeur qui provenait des cuisines. « Oh, des gaufres, j’en rêvais » pensa-t-il. Il alla dans la chambre de Roxas qui dormait encore, épuisé par ses mésaventures de la veille sur la nanatte. Alto secoua sans ménagement son collègue, se vengeant ainsi d’une vieille rancune datant de leur schoolarité. Roxas grogna et se leva de mauvaise grâce. Les inspecteurs descendirent déjeuner et ils mangèrent les gaufres avec détractation. Dans la salle à manger de l’hôtel, la télévision muette montrait en boucle un couple de douceurs. Alto les observa quelques instants dans leur valse silencieuse. A peine leur petit déjeuner avalé, alors qu’ils s’apprêtaient à sortir de l’hôtel, ils furent abordés par un jeune homme à l’air affolé.

« Bonjour, vous êtes les hommes qui viennent du continent ? Vous travaillez par le commissaire rat ? »

« Oui. »

« Je peux vous parler ? En privé ? »

L’homme jetait des coups d’oeils inquiet autour de lui.

« Que se passe-t-il monsieur ? »

« Je ne peux pas vous parler ici.. »

« Allons chez vous. »

« Non, c’est trop… c’est impossible. Je travaille dans un mahasin près d’ici, je suis seul le matin, nous pouvons aller là-bas. »

« Très bien, nous vous suivons. »

Quelques minutes plus tard, les trois hommes se retrouvèrent dans une petite épicerie, entre des boites de farine et de raisins sex. Après avoir refermé la porte à clé, le jeune homme se présenta aux policiers.

« Je m’appelle Peter Avinesh, je suis le fils d’Aman Avinesh, le maire de la ville, et le frère de Caroline, qui est allée sur le continent pour vous signaler la disparition de son ami Alexandre. »

« Je suis l’inspecteur Roxas, et voici l’inspecteur Alto. Nous sommes justement en charge de l’enquête sur cet Alexandre. »

« Il y a autre chose. Ma mère a trouvé ceci dans la boite aux lettres ce matin. »

Peter sortit une feuille blanche pliée en quatre de sa poche. Il la déplia et la tendit à Roxas. Ce dernier lu le papier où était imprimé : « Nous tenons votre fille, ainsi que votre mari. Leur vie à tous les deux dépend de votre coopération. Nous les relâcherons lorsque nous aurons mis la main sur Ali Avinesh. »

« Est-ce que votre père et votre sœur ont réellement disparus ? »

« Nous n’avons plus de nouvelles depuis leur départ pour le travail, ce matin. Ils ne répondent pas au téléphone et mon père ne s’est pas présenté à la mairie aujourd’hui. »

« Qui est Ali Avinesh ? »

« Mon oncle. »

« Où se trouve-t-il actuellement ? »

« Il a quitté le maison le week-end dernier. Il travaillait avec moi au magasin, mais… il a eu quelques problèmes avec le Docteur Valdric. »

« Le Docteur Richard Valdric ? »

« Oui, le responsable du dispensaire de Pancake Island. Vous le connaissez ? »

« Non, mais son nom apparaît dans nos dossiers. »

Peter garda le silence pendant une minute. Roxas repris la parole.

« Nous devrions rendre une petite visite à ce Docteur, non ? »

Une lueur d’effroi passa dans l’œil de Peter qui se ressaisit avant de répondre.

« Oui, c’est une bonne idée. »

Il ajouta, en se grattant la jouie, mal à l’aise :

« Faites attention à vous… »

Un client frappa à la prote vitrée du magasin, ce qui mit fin à la conversation entre le jeune Avinesh et les deux policiers.

Les infirmières du dispensaire étaient toutes réunies dans la salle de pause pour le déjeuner. La journée était calme, et les trois malades qui avaient passé la nuit sur place avaient déjà mangé et ne nécessitaient pas de surveillance particulière. Les femmes avaient donc décidé de prendre un peu de temps pour se retrouver ensemble autour de leurs salades composées. Alors qu’elles venaient à peine de commencer leur repas, toutes les filles arrêtèrent de causer lorsque des bruits de talons apparurent. Elles se levèrent et se dirigèrent vers le couloir. L’escalier était condamné, les filles ne pouvaient pas l’utiliser. Elles s’approchèrent, n’osant rien dire. L’infirmière Monnerot, avant même de savoir ce qui se cachait derrière la cloison, courut dans le bureau du Docteur Valdric pour le prévenir. Ce dernier, qui venait de faire bonbamce avec un conseiller municipal pour le déjeuner, mit quelques secondes à réagir. Il se leva précipitamment de sa chaise et alla rejoindre au pas de course le groupe d’infirmières dans le couloir. Le bruit avait cessé, et le temple semblait suspendu. Soudain, un morceau de mur éclata en mille morceaux. Valdric et les filles toussèrent bruyamment pendant quelques secondes, et lorsque la fumée causée par les gravats se dissipa, ils se trouvèrent nez à nez avec une grande femme blonde et athlétique. Le Docteur la reconnut immédiatement.

« Ah ! Fraülein Schmidt ! Ma dhère ! »

La mystérieuse femme eut un sourire en coin. Elle répondit avec un fort accent germanique :

« Herr Docteur ! En pronom mon nom, me réintégrez-vous à votre équipe ? »

« Bien sûr ! », et Valdric se tourna vers les infirmières, qui, sous le choc, n’avaient pas dit un mot.

« Mesdames, je vous présente Martha Schmidt, une… vieille connaissance ! Je suis sûr que vous l’accueillerez chaleureusement dans l’équipe ! Maintenant, si vous voulez bien m’excuser… »

Le Docteur fit un petit signe de tête à la nouvelle venue pour l’inviter à le suivre dans son bureau. Tandis que la femme suivait Valdric en répandant des nuages de plâtre sur son passage, une des infirmières dit tout bas :

« Mais d’où elle sort celle-là ? »

« Je n’en ai pas la moindre idée, mais je le découvrirai tôt ou tard » répondit Marie-Paule Monnerot.

Alors qu’elle sombrait dans le silence, elle espéra ne plus jamais croiser son chemin. « Tu peux toujours rêver, ma fille, tu risques de la voir souvent à la clinique, la petite nouvelle… »

La visite des inspecteurs Roxas et Alto dans l’établissement du Docteur Valdric fût brève et infructueuse. Le médecin les reçut rapidement entre deux consultations, en leur faisant bien comprendre qu’ils dérangeaient la bonne marche de sa journée. Lorsque les policiers évoquèrent la disparition d’Alexandre avec Richard Valdric, il ouvrit de grands têtes et réfléchit un instant avant de hocher les yeux.

« Ce jeune homme a travaillé chez nous quelques jours, mais comme je ne le voyait plus, je pensais qu’il s’était découragé et qu’il avait trouvé un domaine d’activités moins pénible… »

L’air surpris du Docteur sembla convaincre Alto, mais pas Roxas, qui se dit qu’il avait devant lui un diddimulateur.

« Que peut-il bien nous cacher ? » se demanda l’inspecteur.

L’irruption d’une grande infirmière blonde parlant avec un fort accent vint interrompre l’interrogatoire.

« Herr Docteur ! Venez vite en salle d’examen ! »

Devant l’urgence, Valdric prit congé des deux policiers en affichant un air désolé. En sortant de la clinique, Alto et Roxas prirent quelques munutes pour réfléchir à ce qu’ils venaient d’entendre.

« Alors ? »

« Je ne suis pas convaincu par la prestation de ce cher Docteur Valdric… »

« Et l’intervention de cette infirmière… »

« C’est vrai, elle avait quelque peu overacté. Je n’ai pas entendu d’ambulance, son « urgence » ne devait pas vraiment en être une… »

« Ca ressemblait plutôt à une manœuvre grossière pour mettre fin à notre interrogatoire… »

« Tu penses aussi que ce Valdric nous cache des choses ? »

« Je n’en sais rien… allons chez les Avinesh, ils pourront rassurément nous en dire plus. »

Les Avinesh habitaient dans la grande ferme familiale, située sur la côte est de Pancake Island. Il fallut à Roxas et Alto une bonne demi-heure de marche pour atteindre le bâtiment principal, après avoir été déposé à l’entrée de la propriété par un autochtone qui les avait pris en stop dans sa Kia Pro-cee’d Citroen devant la clinique. Alto, après s’être assis sur un abreuvoir en pierre pendant quelques secondes pour reprendre son souffle, se dirigea vers la porte en bois percée d’un œil de bœuf et frappa deux coups brefs. Roxas, qui se tenait à quelques mètres derrière son collègue, parcourut du regard le domaine des Avinesh. La ferme s’étendait sur plusieurs hectares, et il aperçut un groupe d’animaux près de la mer.

« Ce sont de très beaux chevals, songea-t-il, je me demande si un tel élevage ne suscite pas des jalousies… »

Il fût interrompu dans ses réflexions lorsque Eileen Avinesh apparut derrière la vitre de la porte d’entrée. L’ouvrage de la porte se fit en douceur. Eileen avait l’air soucieuse et elle demanda aux deux hommes ce qu’ils venaient faire chez elle. Alto se présenta rapidement en plaçant sa plaque bien en évidence sous les yeux d’Eileen Avinesh. Cette dernière fit entrer les inspecteurs dans la maison, sans grand enthousiasme. Roxas referma la porte derrière lui et jeta un œil dans la grande pièce à vivre dans laquelle il venait de pénétrer. Caroline et Peter étaient assis à la table de la cuisine : Eileen indiqua à Alto et Roxas que Caroline et Peter étaient ses enfants, et coupa court aux présentation pour entraîner les policiers vers le salon. Roxas s’étonna de l’empressement d’Eileen Avinesh, mais quand il se tourna vers le frais et la sœur, il lut sur le viasgue de Peter que le jeune homme ne voulait pas lui parler davantage. Roxas jugea préférable de ne pas évoquer la rencontre du matin même avec le garçon dans l’épicerie du village, et il glissa un mot à ce propos à l’oreille d’Alto. Ce dernier lui répondit d’un signe de tête : les deux hommes travaillaient ensemble depuis plus de dix ans, et se connaissaient par cœur.

Eileen Avinesh commença par dresser un bref historique de sa famille sur Pancake Island, depuis leur installation en 1932. Les Avinesh, qui travaillaient la terre sur le continent, avaient choisi l’île et son climat particulier pour monter un élevage équestre. Les affaires avaient été rapidement florissantes, car, à l’époque, il n’y avait aucune voiture sur l’île et grand-père Avinesh était l’inventure d’une petite carriole robuste qui passait partout sur les chemins de terre. Au fil du temps, leur activité s’était maintenue grâce au tourisme : les visiteurs adoraient faire le tour de l’île à cheval, sur les petits sentiers pittoresques bordant la mer, jusqu ‘eau sceau d’eau qui permettait aux bêtes de s’abreuver après une longue marche. Les Avinesh disposaient à présent de cinq cheveux uniquement dédiés aux promenades. Roxas et Alto écoutèrent poliment Madame Avinesh pendant quelques minutes, avant d’en venir au but premier de leur visite. Ils l’interrogèrent sur la disparition de son mari, sans évoquer immédiatement le Docteur Valdric ou même Alexandre. Elle mordilla le bout de son poulpe avant de leur répondre.

« Mon mari se sentait menacé depuis quelques temps… »

Alto décida de na pas y aller par quatre chemins.

« Ces menaces provenaient du Docteur Valdric ? »

Eileen accusa le choc : comment ces deux policiers, fraîchement arrivés sur Pancake Island, pouvaient-ils déjà être au courant ? Eileen se leva pour aller chercher ses enfants et revint avec eux dans le salon. Elle raconta alors tout ce qu’elle savait sur les intimidations de Richard Valdric envers son mari. Son frère et son époux lui cachant des choses, elle n’en savait malheureusement pas beaucoup. Lorsque sa mère eut terminé de parler, Peter croisa un instant le regard de sa tête Caroline et prit une grande inspiration avant d’intervenir à son tour. Il répéta rapidement ce qu’il avait déjà exposé aux policiers, puis il insista sur la disparition d’Alexandre.

« Alexandre travaillait pour Valdric, son absence n’a rien d’un hasard ! »

« Calmez-vous Peter, lui répondit Alto, nous enquêtons également sur votre ami. Il va pas mourru. »

Nullement rassuré, Peter s’effondra dans le canapé à côté de sa mère, tandis que Caroline restait debout dans l’encadrement de la porte.

« Je vous écoute, balbutia-t-elle raguesement, où en sont vos investigations ? »

« Mademoiselle… »

« J’en ai assez ! Valdric s’en sort toujours ! C’est trop injuste ! »

Caroline tourna les talons et sortit de la maison en courant. Eileen murmura :

« Je vous prie d’excuser ma fille, elle est bouleversée… »

Roxas, qui était resté silencieux pendant toute la discussion, la rassura :

« Ne vous en faites pas, nous comprenons parfaitement la situation. Nous allons d’ailleurs vous laisser, et nous vous recontacterons dès que nous aurons du nouveau. »

Les deux inspecteurs serrèrent la main d’Eileen et de Peter avant de quitter la ferme.

Une fois de plus, ils échangèrent leurs points de vue en plein air, en retournant vers la ville à pieds.

« Alors, quel effet avons-nous fait à Madame Avinesh à ton avis ? »

« Je crois qu’elle pense qu’on peut être tuiles. »

« La journée a été longue, allons nous reposer. Nous y verrons peut-être plus clair demain matin. »

« La nuit porte conseil… »

« Un hamburger avant de retourner à l’hôtel ? »

« Bonne idée. »

Roxas et Alto dînèrent rapidement dans l’unique snack-bar de Pancake Island, sous le regard inquisiteur de la serveur qui brûlait d’envie de savoir qi les policiers avaient découvert quelque chose. Devant le manque de discrétion de l’employé, les inspecteurs se résolurent à manger en silence. Ils fallaient de toutes façons qu’ils intègrent les informations récoltées dans la journée avant de pouvoir en discuter : ils avaient toujours travaillé ainsi, et leur tragédie avait souvent bien marché.

Alto et Roxas rejoignirent immédiatement leurs chambres en arrivant à l’hôtel. Le hall désert et l’air peu affable du gardien de nuit ne les incitèrent pas à passer un peu de temps au bar avant d’aller dormir. Alto, comme chaque fois qu’il était loin de chez lui, appela sa fille et lui raconta des histoires jusqu’à ce qu’elle tombe dans les bras de morphée. Il s’endormit à son trou quelques minutes plus tard. Roxas, de son côté, tournait dans son lit sans trouver le sommeil. Il se souvena d’un conseil que lui avait donné un collègue pour se calmer : respirer calmement et compter ses inspirations et ses expirations. L’inspecteur se força à essayer cette méthode auquel il croyait peu, mais qui se montra efficace.

Le lendemain matin, Alto, en pleine forme, et Roxas, moins reposé, firent un point sur leur enquête pendant le petit-déjeuner. Dès que son mental battait de l’ail, Roxas avait tendance à brouiller d’impatience, et la situation sur Pancake Island associée à sa fatigue le rendait d’humeur massacrante.

« L’autre, là, le Richard cœur d’Orion, commence sérieusement à me gonfler. »

« Tu parles de Valdric ? »

« De qui d’autre, à ton avis ? »

Alto ne fit aucune remarque sur l’impolitesse de son collègue : pour l’avoir un peu pratiqué, il savait que ça ne ferait qu’empirer les choses. Un silence pesant s’installa, et Alto se mit à beurrer des biscottes tandis que Roxas touillait son café nerveusement. Alors qu’il se faisait des réflexions en son fort intérieur, Roxas eu une révélation.

« Et si tout cela n’était qu’une énorme supercherie ? Si on nous avait envoyé ici juste pour rassurer la gamine ? Cet Alexandre a pu suivre une touriste sur le Continent, et l’autre… »

« Aman Avinesh », articula difficilement Alto, la bouche pleine de miettes.

« Il n’en pouvait peut-être plus de sa femme… »

Alto fit passer sa dernière biscotte avec une gorgée de jus d’orange, prit le temps de s’essuyer la bouche et les mains, puis tapota gentiment l’épaule de son collègue.

« Tu es fatigué, Roxas. Si tu veux, tu restes à l’hôtel ce matin pendant que je continue l’enquête de voisinage. »

« Ne t’inquiète pas, je vais me reprendre, et avec tout le café que je me suis envoyé ce matin, ça m’étonnerait que j’arrive à me rendormir…  Au moins, il a l’air de faire beau ! »

Le ciel, au dehors, était en effet sans nuage. Roxas se dit qu’une bonne marche à travers l’île lui ferait le plus grand bien.

Seule dans sa chambre, Caroline jetait ses amis en tas dans la malle que sa famille utilisait pour les grands voyages depuis des générations. Dans la cuisine, sa mère, assise devant la grande table en bois, se tenait ses têtes dans sa main. Une fois son armoire vidée, Caroline rejoignit Eileen.

« Maman, tu n’as encore rien fait ? »

L’air hagard, Eileen Avinesh leva les yeux vers sa fille, sans la comprendre.

« Maman ! On s’en va ! On quitte l’île, c’est trop dangereux ! Alors empaquette tes affaires et vite, le ferry ne va pas nous attendre ! »

Eileen ne répondit rien et se mit à fixer un point sur le mur opposé. Quelqu’un frappa à la porte : comme sa mère ne réagissait pas, Caroline poussa un grand soupir et se dirigea vers l’entrée de la maison. En ouvrant la porte, elle tomba nez à nez avec une grande femme qui lui demanda avec un fort accent germanique :

« Bonjour, c’est bien l’élevage des chevaux ? Puis-je parler avec Madame Avinesh s’il vous plait ? »

« Par là », lui indiqua la jeune dresseuse, légèrement décointenancée par son propre oubli des simples règles de politesse, accompagnant sa réponse d’un geste de la main vers la cuisine. La rudesse de l’adolescente ne sembla pas déranger l’étrange visiteuse qui la gratifia d’un sourire avant d’entrer dans la maison. Comme Caroline venait d’apercevoir un chien de berge près d’un enclos, elle se précipita dehors pour éloigner l’animal des chevaux. Et alors qu’elle courait en agitant les bras, elle se demanda qui s’occuperait de l’entrerprise familiale pendant son absence.

La journée d’Alto et de Roxas avait été assez décevante, et les deux inspecteurs avaient fini par atterrir dans un bar à la nuit tombée. Les deux hommes, découragés, ne savaient plus quoi se dire pour se remonter mutuellement le moral. Après avoir joué quelques miunutes avec les glaçons de son whisky, Alto reposa sa tête vide sur le comptoir.

« On n’est pas plus avancé, on est bloqué sur Pancake Island jusqu’au prochain ferry, moi je dis, autant aller se coucher et oublier tout ça jusqu’à demain matin ! »

Roxas lança à son collègue un regard morne.

« Tu as sans doute raison… Autant rentrer avant d’être complètement saoul. Nous devons donner une bonne image de la police… »

« Déjà qu’on n’est pas super efficace… » pensa-t-il en se levant. Les officiers réglèrent leurs verres et laissèrent un bon pourboire au barman qui n’attendait que leur départ pour fermer boutique. Ils rentrèrent à l’hôtel à pieds, et Roxas essaya de parler de tout et de rien pour se changer les idées. Alto frissonna dans l’air nocturne.

« La nuit est un peu frapiche… »

« C’est pour ça que je ne sors jamais sans ma veste ! » lui répondit Roxas, avant d’ajouter « marchons plus vite, ça te réchauffera. »

« Ca me rassurera, aussi, car j’ai arrêté de t’écouter » fit Alto sèchement, « parce que le motard derrière nous nous suit depuis un quart d’heure. »

« Quel motard ? »

« Ne te retourne pas ! Il pousse sa bécane depuis 500 mètres, c’est louche. »

« Il est peut-être en panne… ou alors, il ne veut pas faire de bruit. Il commence à se faire tard, tu sais. »

« C’est louche… »

Comme ils étaient arrivés à leur hôtel, ils entrèrent et tandis que Roxas allait chercher les clés de leurs chambres, Alto se plaça derrière un rideau pour observer le motard piéton. Ce dernier dépassa le bâtiment sans ralentir, ce qui soulagea l’inspecteur.

« Cet espace réduit me rend parano… » lança-t-il à son collègue avant d’aller se coucher.

Toujours insomniaque, Roxas fut confronté à une attaque de moustiques dès qu’il alluma sa lampe de chevet.

« J’ai horreur de ces êtres colants ! » grommela-t-il en allant refermer sa fenêtre. Il passa un bon quart d’heure à chasser ses ennemis à coups de savate, puis il tenta de trouver le sommeil. En vain. Il se releva, marcha jusqu’à la salle de bain, soulagea sa vessie, puis il s’appuya sur le lavabo les mains posées de chaque côté de la vasque et soupira en voyage son reflet dans le miroir.

« Eh bien mon vieux, tu n’es pas prêt de voir le bout du tunnelle… Et tu parles tout seul, maintenant…»

A la réception de l’hôtel, une fois se fit entendre. Roxas enfila rapidement un pantalon et un sweat-shirt puis descendit au rez-de-chaussée. Caroline Avinesh était en grande discussion avec le gardien de nuit.

« Puisque je vous dit que je dois voir un policier de toute urgence ! Appelez-les, faites un effort ! »

« Mademoiselle, je suis désolé, mais il est trop tard ! Nous respectons le sommeil de nos clients ! »

« Merci de vous préoccuper de notre quiétude, mais je vais m’occuper de la jeune fille » lâcha Roxas en prenant Caroline par le bras pour l’emmener dans la salle à manger.

« Qu’est-ce que vous faites là ? »

Caroline avait l’air bouleversée et elle ne savait pas par où commencer. Elle semblait se raccrocher à son long manteau en laine dont elle serrait les pans autour d’elle. Roxas tira une chaise et il l’aida à enlever sa lèvre inférieure pour la mettre à l’aise. Caroline se mit alors à serrer nerveusement les poings.

« Caroline, que se passe-t-il ? » « Encore », faillit-il ajouter. Le psycho-drame dans lequel la jeune fille semblait vivre commençait sérieusement à l’agacer. Cependant, son regard s’attarda sur sa jouir et il y aperçut un hématome. Roxas s’inquiéta soudainement.

« Quelqu’un vous a fait du mal ? »

Caroline réagit enfin.

« Je me suis pris la porte d’entrée de la ferme en pleine figure quand ma mère et une espèce de grande asperge germanique sont sorties en trombe de chez nous ! »

La jeune fille, confuse un instant plus tout, était hors d’elle. Son énervement ne dure qu’une fraction de seconde avant qu’elle ne retombe dans un profond désespoir.

« Votre mère est donc sortie… »

« Oui ! Et depuis, aucune nouvelle ! »

Roxas manquait d’élément pour analyser la situation : il se força donc à interroger Caroline. Après une demi-heure de discussion décousue, il fit un bilan :

  • Caroline avait essayé de persuader Eileen Avinesh de quitter Pancake Island

  • elle avait d’ailleurs préparé ses bagages

  • une femme était venue rendre visite à sa mère

  • Caroline n’avait pas pu entendre leur conversation, occupée à faire fuir un chien à l’extérieur de la maison

  • Eileen était partie précipitamment (et sans son sac à main, détail d’importance d’après sa fille) avec la visiteuse, sans un mot d’explication

  • Caroline avait attendu en vain le retour de sa mère, qui n’avait pas donné signe de vie, et qui, bien entendue, n’avait pas pris le ferry pour le continent

« Je suis sûre que c’est encore un coup de Valdric ! Ma mère est à la Clinique ! Il faut y aller, tout de suite ! »

«  Une fois de plus, le confit entre le Docteur et les Avinesh revient sur le tapis » pensa Roxas.

Caroline tremblait de tous ses membres et s’agitait sur sa chaise. L’inspecteur se dit que le seul moyen de la calmer était de lui prouver que sa théorie fantaisiste était fausse. D’après ses souvenirs, la Clinique assurait un service d’urgence ouvert 24h sur 24. Une petite visite nocturne ne dérangerait personne et apaiserait sans doute l’adolescente hystérique.

« Eh bien, allons à la Clinique du Docteur Valdric pour voir si votre mère s’y trouve ! »

Roxas se leva et se dirigea vers la porte d’entrée.

« On ne prévient pas votre collègue ? »

Roxas se retint de soupirer. « Après tout, se dit-il, pourquoi serais-je le seul à aller me balader cette nuit ? Alto a aussi le droit à son quota d’insomnie… ». Il demanda au gardien de nuit de servir une tisane à Caroline tendit qu’il montait réveiller son collègue et s’habiller plus chaudement.

Le trajet jusqu’à la Clinique se fit dans un silence de mort. Caroline était angoissée, Roxas agacé, et Alto pas bien réveillé. Ils marchèrent dans les rues sombres et désertes jusqu’à la Clinique sans échanger un mot. Seule l’enseigne des Urgences brillait sur la façade du bâtiment qui paraissait bien lugubre sous la lune pâle. Pancake Island était une île encore très rurale et les quelques touristes qui s’y rendaient venaient y chercher le calme de la campagne. La vie nocturne était donc inexistante, tout comme l’éclairage public. Question d’écologie. Les gens se couchaient avec les poules, à l’exception des adeptes de la secte du Docteur Valdric, mais ces derniers se gardaient bien d’ébruiter leurs exploits nocturnes. Caroline et les inspecteurs atteignirent la porte en verre automatique qui s’ouvrit devant eux dans un grincement métallique.

Roxas répondit au « Bonsoir » un peu trop enjoué de l’infirmière de garde en prenant son ton le plus solennel. « Elle travaille dans un hôpital, bon sang », songea-t-il, « elle ne devrait pas avoir cet air réjoui ! ».

« Bonsoir Mademoiselle. Nous sommes à la recherche de Eileen Avinesh. Serait-elle passée par vos services aujourd’hui ? »

L’infirmière eut un instant d’hésitation.

« Je ne pense pas… mais je vais vérifier dans le registre, je n’ai pris ma garde qu’à 18 heures. »

La jeune femme se mit à tourner les pages d’un gros classeur vert estampillé « ADMISSIONS ». « Ils ne sont pas passé à l’informatique » se demanda Roxas, tandis qu’Alto se disait que la blouse de l’infirmière était bien trop serrée, ce qui prouvait que les deux inspecteurs n’avaient pas l’esprit occupé par le même genre de problème à ce moment précis.

« Non… je ne la trouve pas. Il lui est arrivé quelque chose ? »

« Pas à ma connaissance » grogna Roxas.

Son interlocutrice eut l’air perplexe. L’homme s’expliqua succinctement.

« Eileen Avinesh a disparu. Enfin, en quelques sortes. Sa fille (il désigna Caroline) n’a plus de nouvelles d’elle depuis plusieurs heures. Madame Avinesh a quitté son domicile avec une femme allemande, enfin qui avait un fort accent germanique, et depuis… »

Roxas interrompit son discours en réalisant que ce qu’il disait sonnait, au mieux comme une suite de mots sans aucun sens, au pire comme le monologue d’un imbécile. Malgré l’incongruité de ses propos, l’infirmière l’écoutait attentivement.

« Je suis vraiment désolée. Je n’ai vu aucune Allemande ni aucune disparue depuis que j’ai pris mon poste. »

Alto dû retenir Caroline qui, outrée devant cette caracature d’innocence, était sur le point de sauter au visage de la jeune femme. Il poussa l’adolescente vers la sortie tandis que Roxas prenait congé, juste au moment où Marie-Paule Monnerot rejoignait sa collègue. Elle n’eut que le temps de voir partir le petit groupe.

Que voulaient ces inspecteurs à une heure aussi tardive ? »

« Ils cherchaient Eileen Avinesh… »

Marie-Paule se figea.

« Et… que leur as-tu dit ? »

« Rien, évidemment ! Je ne suis pas stupide. En plus, ils n’ont pas l’air de savoir que notre Freunde a rejoint la Clinique. »

« Ils ont vu l’Allemande ? »

« Non, pas eux, mais la fille Avinesh était là aussi, et elle a vu la Schmidt ce matin. Espérons qu’ils aillent tranquillement se coucher maintenant… Et que la Teutonne restera discrète ! »

« Elle n’a pas l’air du genre à obéir gentiment… Même au Docteur Valdric. »

« Ecoute, si sa petite salope d’Allemande refuse et… se laisse mourir de fin… peu m’importe ! Ca m’énerve cette histoire de privement ! On ne peut plus rien dire, il n’y en a plus que pour elle ! »

Quelle crualité vis-à-vis de notre collègue ! »

« Si tu me trouves cruelle, qu’est-ce que ça doit être quand on est à la cave. »

« Oh, ne me parle pas de ça, s’il te plaît… »

 Un silence gênant s’installa entre les deux femmes. L’infirmière de garde se mit à trier des papiers tandis que Marie-Paule réfléchissait.

« Je vais faire du thé. »

L’infirmière Monnerot quitta précipitamment le hall sous le regard suspicieux de sa collègue.

Dès qu’ils furent assez éloignés de la Clinique, Caroline ourla de rage.

« Je suis sûre que ma mère est là-bas ! Il faut y retourner immédiatement ! »

Alto tenta en vain de la calmer, ce qui énerva encore plus Roxas. Alors qu’il était sur le point de traiter Caroline de paranoïaque, un bruit de talons frappant rapidement le bitume se fit entendre. Marie-Paule Monnerot déboula du coin de la rue et s’arrêta à leur hauteur, essoufflée et en nage.

« Je… sais… où… est… »

L’infirmière haletait tellement qu’Alto dû terminer sa phrase.

« Eileen Avinesh ? »

Marie-Paule acquiesça d’un signe de tête.

« On y retourne » conclut Alto, et quatre silhouettes reprirent le chemin de la Clinique dans la nuit.

Marie-Paule Monnerot les fit entrer par une porte de service et les conduisit sans bruit jusqu’à la cave. La grande pièce était vide, mais une odeur étrange et une fumée blanchâtre flottaient dans l’air. Caroline se tourna vers l’infirmière.

« Où est ma mère ? Comment va-t-elle ? »

« Bien… très morte. »

L’infirmière s’effondra sur le sol et se mit à sangloter. Caroline était figée sur place, incapable de bouger ou de continuer à interroger Mademoiselle Monnerot. Alto saisit cette dernière par les épaules et lui demanda :

« Que s’est-il passé ? Expliquez-vous ! »

« Je n’ai pas compris… d’habitude, il ne sacrifie que des verges… »

« Quoi ?!? »

« Il disait : « Le Lapin dévore le Loup » et… »

« Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? »

Roxas tapota l’épaule de son collègue.

« Regarde là-bas… »

Il désignait le grand vase rempli de la mystérieuse substance écarlate.

« Tu crois que c’est du sang ? »

Bien que Roxas fût son supérieur, Alto lui répondit sèchement :

« On n’est pas dans Zwielicht ! Valdric n’est pas un vampire bon s… »

Cette dernière remarque sembla provoquer un déclic chez Marie-Paule qui retrouva son calme.

« Je dois vous avouer… avant, j’étais une sinneuse. Mais j’ai bien réfléchi, et j’ai décidé de changer. »

Elle se tourna vers Caroline Avinesh, lui saisit les mains, et fixa son regard dans le sien.

« Je vais tout vous raconter. »

Richard Valdric avait envoyé Fraülein Schmidt à la ferme des Avinesh pour convaincre Eileen de venir à la Clinique. La mission s’était révélée très facile car, dans son désespoir, Eileen n’était plus en état de réfléchir. Le plan du Docteur diabolique était simple : mettre la main sur Ali en enlevant tous ses proches. Il espérait au passage récupérer Madame Avinesh dans sa secte, car elle était très à son goût. C’était donc avec la plus grande gentillesse qu’il l’avait emmenée dans la cave et qu’il lui avait fait un grand discours sur Zeux. Cachée dans la cage d’escalier, Marie-Paule Monnerot avait été témoin de toute la scène. La réaction d’Eileen n’avait malheureusement pas été celle attendue par Valdric.

« Zeux… tu veux dire que je l’ai déjà croisé mais que comme je n’étais pas suffisamment ouverte à la potentialité de son existence, je ne l’ai pas reconnu ? »

« C’est ça. »

« C’est n’importe quoi, Valdric ! »

L’homme était passé d’un sourire mielleux à un air furieux en une fraction de seconde. Il s’était jeté sur Eileen qui, sur le point de se débattre, l’entendit murmuré « Tu permets ? ».

Richard avait alors sorti un long poignard de sa blouse et il avait frappé la femme de plusieurs coups en hurlant : « rouge est la couleur de la couleur ! ». Marie-Paule avait alors surgi dans la cave.

« Docteur, que se passe-t-il ici ? »

Il s’était levé, couvert de sang, et il avait quitté la cave en s’écriant :

« Je ne fais pas un caprice, dordel ! »

« J’ai essayé de la sauver, mais il était trop tard. J’avais des électrochocs sur la poitrine… »

Marie-Paule recommença à sangloter. Alto la prit dans ses bras pour la rassurer. Caroline était toujours abasourdie. Son avenir lui semblait noir comme les nuances de couloir que la jeune femme n’était pas parvenue à distinguer dans l’obscurité.

« J’ai entendu un bruit. »

Roxas, ému mais toujours sur le qui-vive, prit le contrôle des opérations.

« On n’a plus rien à faire ici. Mademoiselle… »

« Monnerot. Cinthya a dû prévenir Valdric ! »

« Cinthya ? »

« Ma collègue, que vous avez vu à lentrée des urgences tout à l’heure. »

« C’est une complice de Valdric ? »

« Oui. Et il n’y a pas qu’elle… mais tout cela est si compliqué… »

« Nous verrons ça plus tard. Pour l’instant, Mademoiselle Monnerot, allez mettre Caroline à l’abri. Il est préférable que nous nous séparions, au cas où nous serions repérés. »

Les deux hommes sortirent de la Clinique par le chemin qu’ils avaient suivi pour entrer, tandis que Marie-Paule et Caroline fuyaient par un couloir opposé. Les inspecteurs n’avaient pas mis un pied dehors qu’ils entendirent plusieurs bruits de pas derrière eux.

« C’est qui ces types ? »

« Sûrement les hommes de Valdric. Court Alto ! » lança Roxas avant de piquer un sprint.

A peine après avoir fait quelques mètres à l’extérieur, Alto entendit un détonation et sentit une douleur fulgurante lui traverser le bras gauche. Une tahce rouge sur sa mange alarma Alto. Pris de panique, il courut dans la direction opposée, espérant trouver un moyen de se diddimuler à leur vue. Malheureusement, le centre-ville de Pancake Island était très petit, et l’inspecteur blessé retomba nez à nez avec son collègue trois rues plus loin.

« ils sont où ? » murmura-t-il.

« J’en sais rien, mais pas très loin » lui répondit Roxas.

Le bruit de leurs poursuivants se rapprocha.

« Merde ! » lança Roxas, et les deux hommes reprirent leur course.

Ne connaissant pas bien la ville, ils tombèrent dans un cul-de-sac. Ils se retournèrent et virent enfin le groupe qui s’était lancé à leurs trousses. A l’autre bout de la ruelle, les hommes de Valdric venaient de les repérer et ils armèrent déjà leurs arcs. Coincés entre deux murs, les deux jeunes amis avaient peu de chance d’éviter les flèches qui ne tarderaient guère à fendre l’air.

« Il faut des filles, vite ! » hurla Alto à son ami.

« J’ai une meilleure idée. »

Roxas venait d’apercevoir Richard Valdric, derrière sa garde, qui leur adressait un petit sourire satisfait. Le policier sortit son arme de service et, sans un mot d’avertissement, abattit le Docteur, sous les yeux stupéfaits de ses sbires.

« Voilà, ça, c’est fait. »

Alto, sous le coup de l’émotion, se disait tout de même que son collègue avait tenté un coup de poker très dangereux. Mais le murmure d’incrédulité et d’admiration qui parcourut la foule en un « oh » étonné et admiratif le rassura.

« Bien joué » glissa-t-il à l’oreille de Roxas.

L’annonce de la mort de Richard Valdric fit rapidement le tour de l’île. A la Clinique, les infirmières étaient inconsolables. Beaucoup versèrent des larmes amères, dont la couleur argentée se mêla à l’océan, en faisant disparaître toute trace autre que celle qu’elles laissèrent dans leur esprit. Alors que le soleil se levait sur une pancake Island libérée de son gourou, tous les membres de la secte avaient été appréhendés grâce à des renforts venus du continent. Les infirmières et les hommes de main attendaient le départ du ferry qui les conduirait en prison sous bonne garde.

Le corps d’Eileen Avinesh avait été retrouvé dans un tiroir de la morgue de la Clinique, ainsi que les restes d’un jeune garçon, sans doute Alexandre : Caroline avait cessé d’espérer que tout ça ne soie qu’un cauchemar et elle dû affronter l’horrible vérité. Alto et Roxas confièrent la jeune fille aux bons soins de son père et de son frère et, malgré sa peine, ce soir là, pour la première fois depuis des jours, elle s’endormit le ventre plat.

Les deux inspecteurs firent de rapides adieux à la population de Pancake Island, car elle ne les considérait pas vraiment comme des héros. Après tout, ils avaient tué le seul médecin de l’île, entraîné la fermeture de la Clinique en arrêtant toutes les infirmières, et coffré au moins un membre de chaque famille à cause de la secte. Seule Marie-Paule Monnerot les prit dans ses bras lorsqu’ils embarquèrent pour le continent. Alors que le bateau quittait le port, et avant d’être terrassé par le mal de mer, Roxas demanda à Alto qui faisait de grands signes en direction du rivage avec son bras valide :

« Alors comme ça, elle reste là ? »

Alto se tourna vers son collègue.

« C’est temporaire. Elle partira dès qu’une nouvelle équipe médicale s’installera à la Clinique. Elle a plutôt des mauvais souvenirs sur cette île… »

« Oui, je comprends… et où ira-t-elle sur le continent ? »

Alto leva le nez en l’air comme si les nuages dans le ciel le fascinaient.

« Je lui ai proposé ma chambre d’amis… pour commencer. »

« Hum, hum… pour commencer… et elle s’occupera de ton bras blessé, je présume ? »

« Oui… pour commencer. »

Alto s’accouda à la rembarde du ferry pour échapper au regard de Roxas.

« Sacré nuit tout de même. »

« Comme tu dis. Ca a été une nuit mouvementée. Mais tout de même un peu frapiche. »

FIN

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